Mobilisation anti-voile en Iran : qui est Masih Alinejad qui interpelle les femmes politiques occidentales, notamment Ségolène Royal ?

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L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.

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Radio France
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Devant son téléphone, ses longs cheveux crépus retenus par une fleur jaune, Masih Alinejad égrenne plusieurs noms : Ann Linde, ministre suédoise des affaires étrangères, Catherine Ashton, britannique, ancienne cheffe de la diplomatie européenne,  Fédérica Mogherini, italienne, rectrice du collège de l’Europe et, pour la France, une ancienne ministre de François Hollande. "J’en appelle à vous Ségolène Royal... J’en appelle à toutes les femmes politiques des pays occidentaux. C’est votre tour ! Faites des vidéos ! Et dites que vous aviez tort... Je me souviens quand je vous ai demandé de ne pas porter le hijab, vous m’avez répondu : 'Nous sommes là pour régler des problèmes plus importants.' Maintenant pour ce 'petit' problème, ce 'petit' bout de tissus, des femmes se font tuer ! Faites une vidéo. C'est à vous d'agir !"

L’opposante féministe iranienne a posté la vidéo jeudi 22 septembre à 22h. Vendredi après-midi, elle n’avait toujours aucun retour. Pourquoi s'adresse-t-elle à Ségolène Royal ? Parce que, en 2016, elle avait alerté la ministre de l’Environnement lors d'un voyage officiel en Iran, lui demandant d’évoquer cette question du hijab obligatoire... et de ne pas le porter ! Pas simple, certes. Mais Michele Obama s'était bien présentée tête nue aux funérailles du roi Abdallah en Arabie Saoudite… Masih Alinejad n'avait pas été entendue.

Condamnée à cinq ans de prison et 74 coups de fouet

À 46 ans, la journaliste activiste vit aujourd’hui en exil à New York. Née à Babol, au nord de l’Iran en septembre 1976, elle a 2 ans quand l’ayatollah Khomeini rentre en Iran. Elle racontera des années plus tard au journal anglais The Guardian sa surprise de découvrir, sur les photos d'avant, sa mère en jupe avec un léger foulard (sans tchador) et son père rasé. Le comble est que ses parents avaient eux-mêmes été partisans de cette révolution, imaginant qu’ils y gagneraient en liberté.

Les ennuis commencent à 18 ans : Masih se fait arrêter avec son fiancé, lui aussi activiste. Elle est enceinte, jetée en prison, à l’isolement, sans avocat, puis condamnée à 5 ans de réclusion et 74 coups de fouet. Sa peine est suspendue, dans l’espoir qu’elle se calme. Quatre ans plus tard, son mari décide de divorcer, elle n'a pas son mot à dire. C'est lui qui obtient la garde de leur fils. Son père, banni de la mosquée à cause du divorce de sa fille, l’implore de revenir à la maison, le temps de lui trouver un autre homme. Elle refuse. 

"My Stealthy Freedom"

Elle réussit quand même à travailler, notamment comme journaliste, reporter au Parlement. Pour une histoire de chaussures rouges, elle est suspendue, perd son laissez-passer et finit par s’exiler en Angleterre, à Oxford, où elle étudie et continue ses interviews de leaders de l’opposition iranienne.

Cette question du hijab est présente depuis très longtemps chez elle, en particulier ce jour de 2014 où sa vie bascule vraiment. Un jour de printemps anodin et joyeux, cheveux au vent, au milieu de cerisiers en fleurs, son compagnon fait des photos et les poste sur Facebook. On la voit courant, les bras grand ouverts… Succès immense : 100 000 likes en quelques jours. En Iran, des milliers de femmes se font photographier sans hijab. Masih Alinejad lance une campagne "My Stealthy Freedom",  "Ma Liberté Furtive" en français, pour amplifier ce mouvement.

Son rêve ? Retourner en Iran où, à cause d'elle, plusieurs membres de sa famille ont été arrêtés il y a deux ans. L'an dernier, c'est elle qui était la cible d'un complot visant à l'attirer à l'étranger pour l'arrêter avec d'autres opposants iraniens. Aujourd'hui, elle travaille pour Voice of America, le réseau de télévision du gouvernement américain. Ce qui ne l'a pas empêché, il y a quelques jours, de hurler sa colère contre Joe Biden pour avoir laissé le président iranien Raïssi s'exprimer à l'ONU quelques jours après la mort de Mahsa Amini.

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