Vrai ou fake La pandémie de Covid-19 est-elle "terminée", comme l'affirme Joe Biden ?

Les épidémiologistes interrogés par franceinfo préviennent que même si une sortie de crise est à terme possible, le virus circule pour le moment toujours activement.

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France Télévisions
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Fin de partie pour le coronavirus ?"Nous avons encore un problème avec le Covid-19, nous consacrons beaucoup de travail à ce dossier, mais la pandémie est terminée",a jugé le président américain Joe Biden, dimanche 18 septembre, lors d'une interview à lachaîne de télévision américaine CBS*. Une déclaration sur la situation sanitaire dans son pays qui a beaucoup fait réagir et qui a surpris ses propres conseillers en santé, selonPolitico*. Alors, le dirigeantdémocrate a-t-il raison d'estimer que la pandémie de Covid-19 n'est plus qu'un mauvaissouvenir ?

Les derniers chiffres disponibles sur lecoronavirussemblent, de prime abord, démentir l'optimisme affiché par le présidentBiden. Et pour cause, près de deux millions de contaminations et plus de 12 000 décès ont été relevés durant les 28 derniers jours aux Etats-Unis, selon l'université Johns-Hopkins.En France, surla même période, plus de 500 000 personnes ont été contaminées et plus de 1 000 personnes sontdécédées. La huitième vague de la pandémie semble même se profiler. "Les chiffres de mortalité sont encore très importants dans l'Hexagone (...) avec 30 000 décès depuis le début de l'année 2022, c'est considérable", déplore le professeur AntoineFlahault, épidémiologiste et directeur de l'Institut de santé globale de Genève(Suisse).

"La pandémie de Covid ne sera véritablement réglée qu'à partir du moment où cette mortalité sera sous contrôle."

Antoine Flahault, épidémiologiste

à franceinfo

"Des déclarations comme celles de [Joe Biden] sont symboliques, on en a eu beaucoup depuis le début de la pandémie, mais elles ne sont pas très heureuses dans leur vieillissement", ajoute Mircea Sofonea, épidémiologiste à l'Université de Montpellier.Enfévrier dernier, à l'occasion de la fin de la cinquième vague de Covid-19, Olivier Véran annonçait déjà que le "pire était derrière nous". "Les politiques souhaitent donner de l'espoir à la population pour éviter ce que les Américains appellent la "fatigue pandémique", une lassitude conduisant à un rejet des mesures de prévention ou des gestes barrières", analyse l'épidémiologiste.

Selon ces spécialistes, il est donc encore prématuré d'affirmer que la pandémie est terminée. Un constat que soulignait d'ailleursla Maison Blanche elle-même lors d'une déclaration du Dr AshishJha*, coordinateur pour le président de la gestion du Covid-19, le 6 septembre, quinze jours à peine avant l'interview de JoeBiden.

"La phase aiguë de la pandémie est terminée"

Malgré tout, plusieurs indicateurs laissent entrevoir un possible scénario de sortie d'épidémie à long terme. "On peut dire que la phase aiguë de la pandémie est terminée", estime Sylvie Briand, directrice du département risque épidémique et pandémique à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Le virus est également sous la pression d'une immunité de la population élevée obtenue "grâce à la vaccination et naturellement par les infections et réinfections", selon Sylvie Briand.

"Par rapport aux années précédentes, nous avons les outils et les traitements pour faire face à l'épidémie."

Sylvie Briand, directrice du département risque épidémique et pandémique à l'OMS

à franceinfo

Un constat encourageant et partagé jusqu'à la tête de l'Organisation mondiale de la santé. "La semaine dernière, le nombre de décès hebdomadaires du Covid-19 est tombé au plus bas depuis mars 2020. Nous n’avons jamais été dans une meilleure position pour mettre fin à la pandémie",déclarait le directeur général de l'OMS,Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'un point presse le 14 septembre*.

Peu de nouveaux variants

Les caractéristiques du virus actuellement dominant, le variant Omicron, laissent entrevoir également une plus grande prévisibilité de la pandémie. Omicron est "tellement transmissible qu'il ne laisse pas d'autres variants le supplanter", révèle Sylvie Briand. "On a l'impression que le rythme d'évolution [vers d'autres variants] baisse", confirme Bruno Lina, virologue à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Auparavant, "tous les quatre mois, un nouveau variant émergeait", se remémore le virologue. Désormais, les sous-variants actuels sont tous des "descendants d'Omicron", apparu en novembre 2021.

Un signe, "peut-être", qu'une "bascule" entre une phase "pandémique" et "une circulation saisonnière du virus" est en cours, en déduit Bruno Lina. Au lieu de subir un pic épidémique "tous les quatre mois", "dans le futur, le virus ne ferait une épidémie qu'une seule fois durant l'hiver. Potentiellement, le Covid pourrait s'assagir comme les autres virus respiratoires", avance comme hypothèse le virologue. "Si les choses restent ainsi avec une évolution de type grippale, saisonnière, 'le Covid-19 critique', qui a le potentiel de saturer les services médicaux, serait derrière nous", abonde Mircea Sofonea.

Les épidémiologistes se veulent toutefois prudents dans leurs prévisions."Ce n'est qu'à l'issue de la vague épidémique de l'hémisphère Nord cet hiver, si de nouveaux variants n'apparaissent pas, qu'on saura si on est ou pas dans une phase de stabilisation du virus", prévient Bruno Lina. La survenance d'un scénario "pessimiste" impliquant un variant plus "virulent" n'est en effet pas à écarter, confirme Sylvie Briand.Mais il semble "beaucoup moins possible ces jours-ci". Et de conclure : "On se prépare pour le pire, en espérant le mieux."

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