Affaire PPDA : Deux nouvelles femmes portent plainte, détails sur des viols commis chez TF1

Mais jusqu'où ira l'affaire Patrick Poivre d'Arvor ? Alors qu'une information judiciaire pour viols et agressions sexuelles est déjà en cours contre lui, plusieurs nouvelles femmes se manifestent auprès de la justice. Deux victimes supposées ont relaté des faits survenus chez TF1, affirme "Le Parisien".

© Roses Nicolas/ABACA

[Mise à jour le 3 octobre 2022 à 17h34] L'affaire PPDA va de rebondissement en rebondissement. De nombreuses femmes témoignent contre lui et, le 30 septembre 2022, Le Parisien s'est ainsi fait l'écho de deux nouvelles plaintes contre l'ex-star de TF1 pour des faits de viol survenus en 1992 et 2005. Les deux femmes ont apporté un témoignage détaillé.

Peu à peu, les tiroirs de l'affaire PPDA s'ouvrent, et avec eux le nombre de plaintes déposées contre l'ancien présentateur phare de TF1 ne cesse d'augmenter. Car si, en février 2021, l'autrice Florence Porcel était la première a avoir déposé plainte contre Patrick Poivre d'Arvor pour l'avoir forcée à avoir un rapport sexuel en 2004 et à lui faire une fellation en 2009, d'autres femmes ont depuis suivi le mouvement. 22 autres femmes ont en effet été entendues dans le cadre de la même information judiciaire. Mais le cauchemar ne s'arrête pas là. 

Deux femmes, en France et en Argentine, saisissent la justice

Selon Le Parisien, "Maïté, Belge de 49 ans, et Alejandra, Franco-Argentine de 56 ans, dénoncent des viols datant respectivement de 2005 et de 1992. Ils auraient eu lieu à TF1, dans le bureau de l'ex-présentateur du 20 Heures." L'une vit à Paris, l'autre à Buenos Aires et elles ont décidé de saisir la justice seulement cette année après avoir entendu les autres témoignages de victimes. Dimanche 25 septembre, Maïté a envoyé sa plainte au procureur de Nanterre. La Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) doit la recevoir pour une audition. Alejandra a, elle, déposé plainte le 27

Maïté a souffert "d'importants troubles alimentaires, une alternance de phases de boulimie et d'anorexie" et, touchée par ce qui était arrivé à la fille de PPDA, elle lui écrit une lettre à laquelle il répond alors qu'elle cherchait une aide, notamment médicale avec les bons médecins vers lesquels se tourner. En 2005, après quelques échanges, elle est invitée par le journaliste chez TF1 et s'y rend avec son mari qui attend dans le hall. A la fin du JT, elle est conduite à son bureau : "À un moment, il s'est levé de son bureau et il est passé derrière moi. Il a dit : Notre relation est quand même très forte, elle est aussi sexuelle. Et quand je me suis retournée, il avait baissé son pantalon. J'ai compris qu'il voulait que je le dédommage de l'aide qu'il m'avait apportée. Comme si je devais être gentille avec lui, après que lui ait été gentil avec moi. J'étais bloquée. Je l'ai fait. Tout s'est déroulé très vite." Une fellation alors non consentie.

Quant à Alejandra, qui habite en Argentine, elle a relaté avoir rencontré PPDA en 1992 dans un restaurant de Saint-Germain-des-Prés. Le journaliste était venu à sa table, draguant sa copine qui ne parlait pas français. Il avait alors reporté son attention sur elle et, après avoir appris qu'elle était journaliste spécialisée dans le rock, il l'avait invitée à venir voir son JT chez TF1. "Son assistante vient me chercher et me dit que ce Monsieur veut me voir pour avoir mon opinion ou quelque chose de la sorte. Je suis extrêmement surprise et intimidée de cet intérêt, mais j'acquiesce", dit-elle. Une fois dans son bureau, les choses dérapent : "Il me fait un compliment sur ma minceur. Je me sens très mal à l'aise (...) D'un coup il se lève, s'approche et me prend pour me jeter sur la moquette et me viole. Je suis en état de choc, paralysée. Je dissocie mon corps de ma tête, en fixant quelques objets. Quand il a fini, il me fait comprendre qu'il faut partir."

L'avocate de PPDA a déclaré au Parisien ne pas réagir à cette affaire...

Trois autres femmes portent plainte contre PPDA 

Dans son édition du 20 septembre 2022, le journal Libération a révélé que trois nouvelles plaintes avaient été déposées par trois femmes différentes contre l'ex star de TF1. Et si les deux premières accusations, pour viols et agressions sexuelles, sont désormais prescrites, elles font tout de même état de l'exact même mode opératoire décrit par les premières plaignantes. Un autre signalement pour viol, lui aussi prescrit, a été adressé au procureur de la République chargé de la deuxième enquête préliminaire dans ce dossier. Les trois nouvelles victimes présumées, rencontrées par Libération, ont toutes le même point commun : elles viennent toutes du milieu de l'édition autour duquel a longtemps gravité le journaliste. 

Des témoignages glaçants, des détails glauques

L'une d'entre elles, qui ne souhaite pas révéler son identité, raconte donc dans le journal avoir été violée en 2000 par PPDA dans son bureau après un passage dans l'émission Vol de nuit sur TF1. Dans son récit glaçant, la jeune femme pour qui le viol est pour l'homme aujourd'hui âgé de 74 ans "une manière de marquer son territoire", livre qu'après les faits, il a pris une lingette, s'est essuyé et lui en a également tendu une pour qu'elle se "nettoie"

Il explose de rire et dit que ce n'est pas grave

Bénédicte Martin fait quant à elle état d'un viol dont elle a été victime en 2003 alors qu'elle avait 24 ans. Il a également eu lieu dans le bureau de l'ex vedette du petit écran, toujours après Vol de nuit. L'écrivaine explique qu'elle a réussi à se sortir des griffes de son prédateur en lui faisant une offre : "Non, pas comme ça, on vaut mieux que ça. Prenons rendez-vous". "Je n'ai eu cesse de relater les actes de PPDA, personne n'a jamais été choqué", a-t-elle ajouté. Avant de conclure : "Je supporte de moins en moins bien les phrases insultantes que j'entends sur cette affaire, comme 'Elles l'ont bien cherché'. Ça me fait bouillir. J'ai envie de répondre : 'Moi aussi, ça m'est arrivé. Et je n'ai rien à cacher'". Interrogée ensuite sur BFMTV, Bénédicte Martin a expliqué avoir parlé de son traumatisme à son éditeur, Frédéric Beigbeder, quelques jours seulement après son agression. "Il explose de rire et dit que ce n'est pas grave", a-t-elle déclaré. 

Enfin, la troisième plaignante, Margot (Anne) Cauquil-Gleizes a déposé deux plaintes à l'encontre de Patrick Poivre d'Arvor. Dans Libération, elle explique avoir écrit au journaliste en 1984 alors qu'elle n'avait que seize ans. Elle lui fait alors part de son envie de devenir autrice et, à sa grande surprise, celui-ci lui répond en téléphonant directement à son domicile familial. Ils se rencontrent finalement en 1985, à Sète, alors qu'il est en déplacement. Alors qu'elle pensait venir lui montrer ses écrits, elle monte dans sa chambre et c'est là que débute son cauchemar. "Il me bascule sur le lit, me déshabille, me pénètre. Ça dure cinq minutes à peine. Je reste complètement passive, je ne comprends pas ce qui m'arrive", raconte-t-elle. La deuxième plainte de Margot Cauquil-Gleizes concerne une agression sexuelle qui s'est déroulée en 1991 ou 1992, lorsqu'elle avait 23 ou 24 ans. Invitée par le présentateur a assisté à l'enregistrement du journal télévisé, elle a été mené dans son bureau et il lui a assené : "Ce journal a vraiment été très difficile, vous me feriez bien une petite gâterie"

Frédéric Beigbeder s'excuse et réagit 

Après sa mise en cause, Frédéric Beigbeder a tenu à réagir aux révélations sur le fait qu'il aurait été au courant de l'agression de PPDA sur Bénédicte Martin sans agir en conséquence à l'époque. "Je n'ai aucun souvenir de la conversation de 2003 que Bénédicte Martin relate dans "Libération" de mardi matin. Cela ne signifie pas qu'elle est imaginaire. Si quelqu'un a fait du mal à Bénédicte, il est important que la justice fasse son travail. Quant à moi, je suis désolé si je n'ai pas réagi en 2003 comme je le ferais aujourd'hui. J'étais très con à cette époque mais cela, nous le savions tous déjà", a-t-il fait savoir à Libération dans son édition du 21 septembre.

Bientôt des poursuites contre PPDA ? 

Sous le coup de deux enquêtes, PPDA va-t-il passer devant la justice ? "La cour d'appel de Versailles a annulé ces classements sans suite [survenus en 2021 pour cause de prescription des faits, ndlr] et demandé aux magistrats instructeurs de réexaminer la question de la prescription malgré l'ancienneté des faits, en invoquant la sérialité. C'est dans l'une des deux enquêtes que les magistrats ont exhumé une jurisprudence de la Cour de cassation qui remet en cause le caractère quasi automatique de la prescription", relate France Inter. Le site ajoute : "Le 28 juin dernier, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a invoqué cette jurisprudence de la Cour de cassation datant de 2005, indiquant que si des faits apparemment prescrit s'inscrivent dans un lien précis avec d'autres fait non prescrits, la justice peut quand même enquêter."

Patrick Poivre d'Arvor, membre du jury du "prix de la honte" ?

Dans la foulée de ces nouvelles révélations effroyables, l'AFP a fait savoir que le présentateur avait été entendu en audition libre au mois de juillet dernier dans le cadre de l'enquête ouverte pour viols et agressions sexuelles. Officiellement accusé par une trentaine de femmes pour viols, agressions et harcèlement sexuels, il continue de nier les faits et a même été jusqu'à porter plainte lui-même pour "dénonciation calomnieuse" contre seize des femmes ayant parlé. Invitée à prendre la parole à ce sujet sur Franceinfo, Cécile Delarue, journaliste et membre du collectif des plaignantes dans l'affaire PPDA, s'est indignée que le nombre d'accusations n'ait encore rien changé à la vie de l'ancien présentateur. "Il peut toujours circuler en liberté sans aucun problème", a-t-elle déploré, alors que "90 femmes" font désormais partie du collectif de plaignantes.

Sur le même thème, l'ancienne journaliste de TF1 et LCI Hélène Devynck dévoilera le 23 septembre prochain Impunité, son livre tant attendu dans lequel elle retrace les propos des victimes de PPDA. Elle y décrit aussi l'impunité la plus totale dans laquelle il a agit et dans laquelle il continue de vivre. 

Preuve, s'il en fallait encore une, de cette impunité : Patrick Poivre d'Arvor sera, le 4 octobre prochain, membre du jury du Grand prix du rayonnement français. Remis chaque année depuis 2009 dans les salons du Quai d'Orsay, le prix récompense ceux qui participent activement au rayonnement de la France à l'étranger. Mais cette année, il est surtout décrit comme "le prix de la honte". Contactée par Libération, Joëlle Garriaud-Maylam, présidente de l'événement, a tenté de se justifier en expliquant d'abord être "débordée". Avant de déclarer : "PPDA n'est plus dans le jury mais les fouille-poubelles continuent leurs calomnies". Elle assure donc "ne pas avoir eu le temps de mettre à jour le site" de son Grand prix...